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Notre investigation sur les FEMMES

29 juillet 2020

DÉMARRE À BORDEAUX ET COGNAC

Rencontres avec David Froléon, Solenne Monneau, Christophe Chateau & Anne-Hèlene Delage

Notre enquête autour de l’impact des femmes dans le monde du vin débute avec notre séjour dans le Bordelais où l’on a pu interviewer différents professionnels sur ce sujet. Tâchons de comprendre ce qu’il en est ressorti.

Côté consommation, l’étude annuelle 2018 de SoWine, sur laquelle se base Vin&Société, révèle que les femmes sont plus modestes que les hommes en ce qui concerne la consommation de vin avec un tiers des 41% de « grands consommateurs1 » de l’Hexagone qui sont des françaises. Mais les femmes ne sont plus uniquement consommatrices mais actrices dans le monde des Vins et Spiritueux. Elles sont de plus en plus nombreuses à être les actrices du monde du vin tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Désormais, les femmes sont partout. Vigneronnes, vinificatrices, propriétaires de grands châteaux (Margaux ou Angelus) ou encore directrices de grands complexes tel que la Cité du vin, nombres d’entre elles « prouvent que les femmes ont vraiment leur place dans ce secteur d’activité » rappelle Solenne Monneau, chef produit chez Millésima. Ainsi côté production, on constate « un vrai virage » explique Christophe Château, directeur communication du CIVB. Les femmes ont donc réussi à s’implanter dans ce pan du secteur autrefois très masculin. Cette évolution s’est faite en parallèle d’un changement sociétal et semble susciter un réel enthousiasme chez les acteurs de la filière. En effet, les femmes sont reconnues pour être très douées en production de par leur sensibilité olfactive mais aussi par leur rigueur et leur sens du détail. Seuls les secteurs périphériques comme celui des bouchons semblent résister aux femmes où Anne-Hélène Delage, responsable achats des Bouchages Delage, nous confie être « souvent la seule femme lors des réunions ».

D’un point de vu marketing et communication, les femmes sont indéniablement implantées et « apportent une vision nouvelle » avec pour exemple « un service marketing du CIVB 100% féminin » nous explique Christophe Chateau. Bien que, désormais, les femmes soient aussi bien actrices que consommatrices, les stratégies marketing ne visent pas particulièrement les femmes et certaines entreprises comme Millésima s’y refusent même en s’appuyant sur le fait que « c’est une question de goût et non de genre » nous explique Solenne Moreau. On préfère communiquer sur « le fait que les femmes reprennent les entreprises familiales » souligne David Froléon, directeur marketing & responsable export chez la Compagnie Médocaine des Grands Crus.

Les tendances sont au raffinement et à l’élégance notamment dans les spiritueux où les codes utilisés pour les packagings s’apparentent à ceux de la cosmétique et de la parfumerie. Alors on peut voir apparaître des bouchons avec des cristaux Swarovski mais « cela n’est pas une demande explicite des clients » nous apprend Anne-Hélène Delage. En 2019, l’étude SoWine, annonce que les femmes de 18 à 25 ans sont celles qui consomment le plus de spiritueux dont 45% en cocktail. On démontre aussi plus de femmes intéressées par la mixologie que d’hommes.

Côté dégustations, la montée en flèche des associations de femmes autour du vin laisse perplexe. Les 4 professionnels que nous avons interviewés s’accordent sur le fait que l’intérêt des dégustations restent la mixité du public afin de favoriser les échanges. A juste titre Solenne Moreau nous rappelle « qu’un palais est un palais » !

1 Grand consommateur : consomme du vin une à plusieurs fois par semaine

Notre investigation sur les FEMMES

28 juillet 2020

CONTINUE EN ALSACE, CHAMPAGNE ET À CHABLIS

Rencontres avec Amélie Buecher, Frédéric Raynaud, Cécile Loberger, Thibault le Mailloux, Claude Giraud, Claire Sarazin, & Cécilia Trimaille

Notre enquête autour de l’impact des femmes dans le monde du vin continue avec notre séjour en Alsace, en Champagne et à Chablis où l’on a pu interviewer différents professionnels sur ce sujet. Retournons ensemble sur les informations recueillies.

Côté production, les femmes représentent, en France, 30% des chefs d’exploitation et un tiers des œnologues. Chaque année, ce sont 50 à 60% des œnologues diplômés en France qui sont des femmes.

Mais en Alsace, l’une des deux sœurs du Domaine les 2 Lunes, Amélie Buecher, nous confie que « le secteur reste encore très masculin » dans leur région. Pour autant, les femmes présentes « apportent d’autres idées et sont souvent plus sensibles, plus douces dans leur travail notamment dans leur création de vin ou dans leur façon de manager une équipe à la vigne » par exemple, nous explique Amélie. En Champagne, les femmes sont présentes depuis des années et certaines d’entre elles ont permis de constituer la renommée de leurs bulles telles que la Veuve Cliquot ou encore la Veuve Pommery. Les ambassadrices sont ainsi présentes depuis de nombreux siècles en Champagne et nombre d’entre elles ont participé à l’innovation de ce vin avec l’invention de la table de remuage par la Veuve Cliquot par exemple. Les femmes sont alors étroitement liées au Champagne. Madame de Pompadour, la duchesse de Menars au XVIIIème siècle, disait à tort ou à raison « Seul le Champagne laisse les femmes belles après boire » sous-entendu le Champagne est le seul vin qui laisse la femme belle après être bu. Thibault le Mailloux, directeur communication du Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne, nous souligne « les forts caractères » de ces femmes désireuses de prospérer en tant que femme et la forte revendication d’en être une. Pour Claude Giraud des célèbres champagnes Giraud, « le monde du vin se réinvente en permanence et les hommes ont beaucoup d’égos entre eux. Tandis que les femmes sont beaucoup plus libres par rapport à ça. Plus il y a de femmes, plus le secteur s’équilibre et plus il libère ».

D’un point de vue marketing et communication, Frédéric Raynaud, PDG de Pfaff Wines Estates, nous explique que les femmes ont une « sensibilité différente ». Les apports qu’elles ont pu faire à travers les années se traduisent par un exemple on ne peut plus concret : « l’évolution des codes d’étiquettes. » Claire Sarazin, chef de produit marketing et communication chez Taittinger, nous raconte qu’il est « difficile, en tant que femme, de faire sa place à l’arrivée » et qu’il faut « prouver ce dont on est capable ». Côté « féminisation du produit », les avis des divers professionnels rencontrés divergent. Pour certains, il apparaît opportun d’adopter une stratégie autour d’un marketing ou d’une communication sur les femmes mais Cécile Loberger, du Domaine Loberger, et Thibault le Mailloux s’accordent à dire que viser les femmes revient à ne viser que 50% du marché. « Ce ne peut donc être une stratégie exclusive car bien trop risquée » nous souligne Frédéric Raynaud. Ce dernier nous explique également, que « la féminisation du packaging ou du produit fonctionne chez les non-connaisseurs, dès lors que le segment est celui des connaisseurs, il n’y a plus de distinction ». Pour d’autres, les vins de femmes ou pour les femmes n’existent pas. Créer une gamme de vins pour les femmes et une autre pour les hommes est trop segmentant et discriminant selon Frédéric Raynaud. Cécilia Trimaille, régisseuse du Domaine Long Depaquit, souligne qu’il est préférable de « se concentrer sur l’occasion de consommation plutôt que sur le genre ».

Coté dégustations, les clubs de vins féminins font aussi débat. Tous nos interviewés s’accordent à ce que soit dommage de créer des clubs de dégustations et des associations dédiées uniquement aux femmes. « Le mieux, c’est de déguster ensemble, plutôt que séparément. Les femmes et les hommes ont des jugements complémentaires. » nous explique Claude Giraud.